Accord UE-Turquie sur la migration, état des lieux 10 ans après — Table ronde #18, 28 septembre 2026, 9h, en ligne

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Signé le 18 mars 2016 en pleine crise migratoire liée notamment à la guerre civile syrienne, l’accord UE-Turquie engageait la Turquie à limiter les départs irréguliers vers la Grèce et à réadmettre les migrants renvoyés. En contrepartie, un mécanisme dit du « un pour un » a été mis en place : pour chaque Syrien renvoyé vers la Turquie depuis les îles grecques, un autre devait être réinstallé depuis la Turquie vers l’UE via un corridor humanitaire, dans la limite de 72 000 personnes. L’UE s’est aussi engagée à allouer initialement 6 milliards d’euros à Ankara, une partie de ces fonds devant financer un contrôle renforcé des frontières turques. Ce financement a ensuite été complété par plusieurs enveloppes successives.

Les arrivées irrégulières par mer vers les îles de la mer Égée ont chuté de façon spectaculaire dans les années qui ont suivi, selon le Haut-commissariat de l’ONU aux réfugiés, et la Commission européenne continue de présenter cet accord comme un succès qui a contribué à réduire la migration irrégulière vers l’UE, tout en confirmant sa pérennité comme cadre de coopération sur la route de Méditerranée orientale. Le financement s’est par ailleurs largement étoffé : le mécanisme FRIT, prévu initialement à hauteur de 3 milliards d’euros, a progressivement atteint environ 11 milliards d’euros transférés vers la Turquie, soutenant notamment l’éducation et la santé des réfugiés syriens. Mais ce bilan est contesté. Depuis le 1er janvier 2026, l’accès gratuit aux soins de santé pour les Syriens sous protection temporaire a été supprimé en Turquie. Le droit d’asile lui-même s’est durci : depuis 2018, les procédures d’asile, auparavant suivies de près par le HCR, ont été centralisées au sein de l’administration turque, entraînant une baisse significative du nombre de demandes de protection et un faible taux de décisions favorables. Enfin, des observateurs soulignent que Bruxelles a dû fermer les yeux sur des manquements aux droits humains en Turquie, comme les détentions arbitraires. Ce modèle a inspiré d’autres partenariats migratoires conclus par l’UE avec des pays tiers depuis 2017.

Ce webinaire se propose de revenir en deux temps sur cet accord : nous reviendrons d’abord sur le contexte de son adoption et les logiques qui ont présidé à sa négociation, avant d’en dresser un bilan critique, dix ans plus tard, à la lumière de ses effets sur les personnes réfugiées, sur le droit d’asile en Turquie, et sur les équilibres diplomatiques entre Ankara et Bruxelles.

Nos invité·e·s

·  Jean‑François Pérouse — Géographe et enseignant‑chercheur à l’université Toulouse‑Jean‑Jaurès, il est spécialiste de la Turquie contemporaine, des dynamiques urbaines d’Istanbul et des migrations syriennes, après avoir dirigé l’Institut français d’études anatoliennes.

·  Filip Savatic — Chercheur postdoctoral et spécialiste de la gouvernance des migrations et de l’externalisation des contrôles migratoires par l’Union européenne.

·  Nicolas Bourcier — Journaliste au Monde et correspondant à Istanbul, il analyse les recompositions politiques, sociales et sécuritaires de la Turquie, avec une attention particulière aux politiques migratoires, aux confréries religieuses et aux relations Ankara‑UE.

·  Ariane Bonzon — Journaliste indépendante et essayiste, elle couvre depuis plus de trente ans la Turquie et le Proche‑Orient, en analysant les stratégies du pouvoir, les enjeux migratoires et les recompositions géopolitiques.

Pour aller plus loin

🟦 Jean‑François Pérouse

  • Jean‑François Pérouse (2024). Istanbul à l’heure syrienne (2012‑2024). Paris : Presses de l’INALCO, coll. « Méditerranée(s) – Sciences sociales et humaines », 214 p.
  • Jean‑François Pérouse (2018). « La Turquie et la “crise migratoire” de 2015 ». In : Aksaz E. & Wihtol de Wenden C. (dir.), Migrants et réfugiés en Turquie, dans leur contexte historique, politique et social. Anatoli, 9, p. 31‑43.
  • Jean‑François Pérouse (2019). « Ceux qui n’ont pas pu passer : les naufragés ré‑engloutis du cimetière de Doğançay (Izmir) ou la naissance d’un “menu monument” de l’indicible ». Migrations Société, 177(3), p. 99‑112. DOI: https://doi.org/10.3917/migra.177.0099

🟩 Filip Savatic

🟧 Nicolas Bourcier

🟪 Ariane Bonzon

  • Alain Bockel & Ariane Bonzon (2022). « La stratégie turque dans l’affaire Osman Kavala ». Esprit, p. 29‑33. DOI : https://doi.org/10.3917/espri.2201.0029
  • Ariane Bonzon (2020). « Ces indésirables réfugiés syriens. Un défi intérieur pour Recep Tayyip Erdoğan ». Le Monde Diplomatique, mai 2020, p. 13.
  • Ariane Bonzon (2019). Turquie – L’heure de vérité. Paris : Broché.

🟫 Autres références

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